NATHAN SILVER – Un américain qui tourne à Paris

Un Américain qui tourne à Paris

 

Tourner un film en France peut représenter un rêve pour un réalisateur américain qui se revendique du cinéma d’auteur. Pour le réalisateur new-yorkais Nathan Silver, l’expérience s’est avérée à la hauteur du mythe. « C’était paradisiaque » se rappelle t-il lors de la discussion organisée le 21 mai par French in Motion autour de Thirst Street, son premier long métrage tourné en France. Tout juste sorti du Festival de Tribeca où Thirst Street a fait sa première mondiale, Nathan Silver a partagé avec le public ce qui a contribué à faire de cette expérience un moment si agréable malgré – et parfois du fait – de l’évidente barrière culturelle.

 

Thirst Street raconte l’histoire d’une hôtesse de l’air américaine, Gina, qui lors d’une escale à Paris, tombe raide amoureuse d’un barman plutôt anti-glamour. Jouée par Lindsay Burdge, actrice renommée du monde du cinéma indépendant, Gina cède à tous les excès en espérant faire de cette brève liaison, l’histoire d’amour de sa vie. Malgré l’influence des films de Polanski des années 80, le film se termine par un happy end à la Française, « du meilleur genre » selon Nathan Silver.

 

Depuis qu’il est sorti diplômé en 2005 de la Tisch School of Arts, Nathan Silver a su s’imposer comme un des enfants terribles de la scène indépendante new yorkaise. Avec son énergie bouillonnante et son ton malicieux, il a dirigé 8 longs métrages en 12 ans, faisant tourner ses films dans les meilleurs festivals du monde. Francophile assumé avec un penchant adolescent pour Rimbaud, Nathan Silver a toujours su qu’il voulait tourner en France un jour. Il a donc saisi l’opportunité de réaliser son rêve lorsque son co-scénariste C. Mason Wells lui a exposé son idée de film noir-érotique se déroulant à Paris. Une décision audacieuse pour Silver étant donné son français approximatif et son ignorance du système européen.

 

C’est sans doute sa capacité à ne pas se démonter qui a été déterminante dans son succès à travailler dans un pays étranger. Il a d’ailleurs choisi de ne pas attendre les subventions du gouvernement français, et de travailler plutôt avec de l’equity américain et français. Thirst Street est de loin le film le plus cher réalisé par Nathan Silver (bien que restant en dessous de la barre du million de dollars). Exception faite de son premier long métrage réalisé grâce à un heureux investissement de 500.000 dollars, tous ses précédents films ont été faits avec moins de 60.000 dollars. Pour le reste, il a su compter sur l’audace, la débrouille et un brin d’astuce, quand il s’agissait par exemple de s’arranger un peu sur les 10 heures de travail quotidiennes.

 

Si Nathan Silver a réussi grâce à sa ténacité à rester dans les limites du budget imparti, c’est également son réseau personnel local qui l’a aidé à s’orienter à l’intérieur du système hexagonal. Claire Charles-Gervais et Ruben Amar, rencontrés lors de festivals, ainsi que les trois autres producteurs français qui ont ensuite rejoint Thirst Street, ont pu le guider à travers les régulations locales.

 

Néanmoins la barrière de la langue a été un défi à relever lorsqu’il s’agissait de diriger ses acteurs en français dans certaines scènes. Incapable de saisir les nuances du langage, Nathan Silver a pu s’appuyer sur son assistant réalisateur pour lui dire quand un dialogue sonnait faux. La communication entre le réalisateur et son équipe, à majorité française, demandait également des allers retours constants de traduction mais Nathan Silver a apprécié l’énergie chaotique que cela générait. L’équipe française a su prouver qu’elle était particulièrement compétente, s’adaptant bien au cadre d’un film à petit budget, et après les 13 jours de tournage, Nathan Silver est rentré satisfait aux Etats-Unis avec le matériel dont il disposait.

 

Selon Nathan Silver, c’est peut-être aux Etats-Unis que l’attendent les plus grosses difficultés pour les étapes suivantes. Ces derniers temps, les films indépendants luttent pour rester en salles et s’imposer dans la mémoire collective. En parallèle, les traditionnels défenseurs du cinéma indépendant- comme par exemple les critiques du Village Voice- font face à un futur incertain. Mais grâce à la présence d’un vendeur américain et d’un vendeur international sur le film, les perspectives pour Thirst Street sont meilleures que jamais.

 

Toujours prolifique, Nathan Silver  tournera une série en Juin ; cette fois il fera venir les actrices françaises Maëlle Poésy et Esther Garrel à New York. Il est aussi prévu qu’il participe à une résidence d’écriture en France. Cependant cela peut encore changer dans le climat actuel.

 

« Actuellement, l’état du monde n’est bon sous aucun aspect » dit-il. « Mais je pense que le cinéma peut en jouer de manière paradoxalement amusante.  »

 

Par Alexandra McInnis – Traduction Cléa Nicolella

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